Affaire Kim Kardashian : le braquage raconté par son organisateur

Par Simon Piel
« Le Monde » a pu consulter l’audition d’Aomar Ait Khedache devant les enquêteurs : « C’était une affaire très simple. Ça n’était pas un truc violent. C’est pas un braquo quoi ».
Il a d’abord tenté de nier les faits. A la question de l’un des policiers de la brigade de la répression du banditisme (BRB) sur son rôle dans le braquage de la starlette américaine Kim Kardashian dans la nuit du 2 au 3 octobre 2016, Aomar Ait Khedache, 60 ans, dit le « Vieux », a assuré qu’il ne « voyait pas ce que c’était » et qu’il n’en avait « pas entendu parler ». Puis les enquêteurs ont abattu leur carte maîtresse.

 Comment expliquez-vous la présence de votre ADN sur des serflex ayant servi à la séquestration au domicile de Kim Kardashian ?

Je ne comprends pas. (…) J’ai travaillé énormément sur des voitures ; il y a eu une période où j’ai vécu chez les gens du voyage. (…) J’ai aussi fait de la rénovation dans des appartements ; ce sont les seuls endroits où j’ai pu me servir de serflex.

M. Khedache, considéré par la police comme l’organisateur du larcin, a enchaîné, comme il pouvait.

Je crois que vous recherchez quelqu’un qui chausse un 41 et vous ramenez tous les gens qui chaussent un 41 ; maintenant, faut trouver quelqu’un qui chausse un 41. Je fais du 41 ; maintenant, serré ou trop grand, ça rentre toujours.

Le « Vieux », déjà condamné en 2010 tient bon, mais il vient de comprendre que son sort était scellé. Si cinq ADN avaient été isolés sur la scène par la police scientifique, il est le seul dont celui figurait dans le fichier national des empreintes génétiques (FNAEG). Au fil des 96 heures de sa garde à vue, et à mesure que les policiers feront état des éléments dont ils disposent, il finira par reconnaître sa participation aux faits, livrant sa version tout en prenant soin de ne pas mettre en cause les autres membres de l’équipée nocturne.

« Il suffisait de regarder sur Internet pour tout savoir »

Son audition, que Le Monde a pu consulter, révèle les détails d’un vol sans précédent dont la résonance médiatique a dépassé les protagonistes eux-mêmes. « Je n’aurais jamais pensé une telle ampleur. C’est parti sur une histoire de… une histoire à très basse échelle. Une agression qui a pris une escalade. Je ne sais plus quoi dire », dira-t-il.

M. Khedache a ainsi confirmé aux enquêteurs qu’ils avaient pu bénéficier de « renseignements très précis » sur les allées et venues de la star à Paris venant de « quelqu’un qui lui était très proche ».

Il a précisé toutefois : « L’affaire proprement dite était donnée sur Internet, avec tout. Les bijoux présentés sur Internet, précisant qu’elle ne portait pas de faux bijoux. Qu’il n’y avait pas de faux, les horaires quand elle venait en France (…) il suffisait de regarder sur Internet pour tout savoir, absolument tout. »

La tentation est trop grande. Les risques minimes et le possible butin maximal. « Ce n’était pas un gros vol à main armé. Il suffisait de neutraliser le veilleur de nuit et d’accéder à la chambre (…) J’ai tout de suite été emballé. C’était une affaire très simple. Ça n’était pas un truc violent. C’est pas un braquo quoi », justifiera-t-il un peu plus tard.

M. Khedache avait pourtant pris de nombreuses précautions. A l’un de ses complices, la police demande à son propos : « Que pensez-vous d’un individu qui utiliserait sur un temps limité, une dizaine de lignes téléphoniques différentes utilisant chaque numéro pour un correspondant unique ? » Celui-ci répondra litotique : « Je pense que c’est quelqu’un qui fait dans la discrétion. »

Une première tentative de braquage avortée

L’équipe dont les enquêteurs pensent qu’elle est composée de neuf personnes en tout, a connu un premier projet avorté. « Une première fois, elle est venue ; tout était prêt pour la recevoir », a expliqué M. Khedache. Mais leur contact en lien avec l’entourage de Kim Kardashian – possiblement le frère d’un chauffeur de maître à qui l’Américaine faisait appel quand elle venait à Paris – leur explique alors que ce n’est pas possible. « Il y avait trop de monde autour d’elle. » Le feu vert final arrivera le 2 octobre.

Sur place, « les choses se passent à peu près bien », explique-t-il. Vêtue d’un peignoir, la jeune femme est paniquée. « On lui prend les bijoux. (…) On la prend. La personne qui est avec moi l’a attachée sur le lit je crois (…) Et je l’ai posée dans la salle de bain. On est redescendu. » « Avec douceur », ajoutera-t-il précisant : « Mais on n’a pas exhibé d’arme devant une femme. »

Quelques instants plus tard, l’équipe de voleurs prend la fuite à pied et à vélos. L’heure est au recel. Après quelques jours passés à Paris, direction Anvers, en Belgique, plaque tournante du commerce diamantaire international.

« Pour que les bijoux ne soient jamais reconnus, on a pris la décision, en commun de les faire fondre. Une des personnes parmi nous s’en est occupée. Il est revenu avec des barres (…) En tout, il devait y avoir huit cent et quelques grammes, ce qui a donné un montant de euh… 25 ou 28 mille, un truc comme ça », assure M. Khedache.

Quant au diamant que Kim Kardashian avait exhibé sur les réseaux sociaux, il affirme qu’« il y a une personne qui l’a » et précise « les gens, aussi bien que moi. Tout le monde a eu peur de vendre, parce que c’est une pierre qui est repérable. »

Contacté, son avocat Me Jean-Yves Liénard tient à souligner que « l’amateurisme de son client et les déclarations qu’il a faites devant les services enquêteurs l’éloignent de l’ancrage dans le grand banditisme que l’on souhaite lui rattacher ». Il déplore par ailleurs que « cette affaire montre l’état de déliquescence dans laquelle nous sommes où une jeune femme qui n’est rien, ni artiste, ni écrivain, devient un phénomène mondial dont la moindre mésaventure obsède la presse internationale. »

Simon Piel @ LeMonde.fr